Article  de 2001
 
Devant les œuvres de Nicole Mocellin, nous sommes dans le domaine de la mémoire ; de la mémoire et des songes et non pas du souvenir. C’est un travail sobre mais pas sombre. Ses couleurs atténuées évoquent le clair de lune, l’atmosphère songeuse et silencieuse de l’âme. La mémoire de la nuit des temps.
 
Marques, lignes, éclats ou points de couleurs vives ou claires, spontanées dans leur exécution, créent une dynamique, soulignant des gestes qui sont des réponses à des exigences intérieures. Des signes qui se cherchent et parlent sans brutalité, ouverts à l’interprétation. 
 
Son langage est silencieux. Mais silencieux ne veut pas dire triste ou esseulé. Ses tableaux sont une invitation à un dialogue avec les éléments qui habitent en nous aussi.
 
Son œuvre nous intime l’importance du lien qui existe entre nous toutes et nous tous, avec toute chose, par  le dedans….
 
Christian Torjussen








article du 27 mai 2019
La déprise de vue
 
Au coeur du Trièves, dans sa merveilleuse galerie de Chichilianne (comme on aimerait en voir à Grenoble et comme, hélas, on n’en voit guère), Nicole Mocellin expose des toiles vouées à la lumière.
 
Se laisser traverser par le monde. Être infiniment petit dans l’infinité du monde. Mais y être. Être dans cette infinité-là. Quand certains s’en tiennent à la prise de vue (comme on parle de la prise de la Bastille ou de la prise de Constantinople), Nicole Mocellin s’adonne, elle, à la déprise de vue. Elle ne prend rien. Elle donne. Elle s’adonne au don. Sa peinture est un acte de grâce. C’est un exercice d’émerveillement. Elle rend grâce de la merveille du monde. Elle rend au monde ce que le monde lui donne. Elle essaie de donner autant qu’elle reçoît. Sa peinture baigne dans la lumière universelle. La lumière baigne l’espace de ses tableaux. Ses tableaux ne montrent rien : ils ne sont faits que d’espace et de lumière. Ils ne sont victorieux de rien, ne se revendiquent d’aucune conquête, ne se vantent d’aucune prise de guerre (ni, donc, d’aucune prise de vue). Ils se laissent habiter par le monde. Ils sont au monde. Ils viennent au monde comme on le dit d’un nouveau-né. Ils naissent et rejoignent le monde dans son ouverture et sa lumière.
 
LA VAPORISATION DU MONDE
À la fin des années 1950, quelques jeunes artistes (dont Frédéric Benrath et René Laubiès), lassés se l’abstraction géométrique autant que de l’expressionnisme abstrait, se regroupent autour du critique Julien Alvard, pour fonder le « nuagisme ». Sans vouloir établir de parallèle abusif, on admettra volontiers que Nicole Mocellin pourrait se revendiquer de cet héritage-là. D’apparence informelle (encore qu’il y faille quelques précautions de langage, comme on le verra), sa peinture nous rend témoins de la vaporisation du monde. Tout n’y est qu’évanescence et pulvérisation. Sur des jus et des glacis (beaucoup de tonalités bleues, voire mauves et violettes, traversées de rouge sous-jacent), l’artiste dépose délicatement de légers poudroiements de pigments et d’infimes touches d’or.
 
ARCHES ET COLONNES
Dans ces masses nébuleuses, Nicole Mocellin esquisse cependant les prémisses d’une structuration, si ce n’est géométrique, du moins architecturale –arches, murs, colonnes. Parfois, d’ailleurs, une zone verticale au ton plus blanchâtre s’installe comme un axe de symétrie, une colonne vertébrale justement. Il arrive aussi que l’espace pictural, à l’exemple de Paul Klee, s’anime d’une danse de signes abstraits ; écritures cunéiformes, ou rangées d’arbres, ou prairies de graminées. Souvent, une lune discrète surplombe le tableau. Comme une présence. Présence du monde, dans ces tableaux qui sont toute présence au monde.
                                                                                                                      Jean-Louis ROUX
 
à propos de l’exposition : « l’autre rive de l’Hadès » en juin-juillet 2019